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Dermatologie

17 déc 2020

Existe-t-il une association entre l’utilisation d’inhibiteurs topiques de la calcineurine et la survenue de carcinome cutané ?

François CHASSET, Hôpital Tenon, Paris

La dermatite atopique est une dermatose inflammatoire chronique touchant 2 à 10 % de la population adulte. Parmi les traitements topiques de première intention, on note l’utilisation de dermocorticoïdes et d’inhibiteurs topiques de la calcineurine, en particulier du tacrolimus topique. Les carcinomes cutanés carcinome basocellulaire (CBC) et carcinome épidermoïde (CE) sont des cancers extrêmement fréquents. Parmi les facteurs de risque de survenue de ces cancers, on note le phototype clair, l’exposition solaire, l’âge avancé et l’immunosuppression. En particulier, les inhibiteurs systémiques de la calcineurine sont associés à un risque accru de carcinome de CE. Compte tenu de cette association et du rapport précoce de survenue de carcinomes topiques sous tacrolimus, des signaux de pharmacovigilance ont alerté sur ce risque en France et aux États-Unis. Bien que les signaux des dernières études soient plutôt rassurants, les résultats restent contradictoires. Les objectifs de cette étude de cohorte étaient d’évaluer le risque de survenue de CE et de CBC chez des adultes > 40 ans suivis pour une dermatite atopique exposés au tacrolimus topique par rapport aux dermocorticoïdes ou l’absence de topique. 

Une étude de cohorte rétrospective a été réalisée à partir d’une cohorte américaine basée sur les données du système de santé. Les patients ont été identifiés à partir du codage international de dermatite atopique. Les patients inclus étaient ceux avec une dermatite atopique, un âge > 40 ans, un suivi dans la cohorte > 2 ans, l’absence de cancer au diagnostic, l’absence d’infection VIH, d’exposition à la photothérapie, d’immunodépression — en particulier de transplantation rénale — ou d’utilisation de tacrolimus systémique. Au total, parmi les 98 423 patients identifiés, 93 746 ont été analysés. Parmi eux, 7 033 ont reçu au moins 2 prescriptions de tacrolimus topique, 73 674 au moins deux prescriptions de dermocorticoïdes. La durée moyenne de suivi était de 7,7 ans et l’âge moyen de 58,5 ans (SD 12,7 ans). Une analyse multivariables avec un modèle à risques proportionnels de Cox a été réalisée et n’a pas retrouvé d’augmentation du risque de cancer cutané sous tacrolimus topique par rapport aux dermocorticoïdes, Hazard ratio ajusté [aHR] 1,02 ; (IC95 %, 0,93-1,13). Une analyse en sous-groupe par type de carcinome CBC ou CE ne montrait pas non plus de différence significative. Il n’existait pas non plus d’augmentation du risque de carcinome cutané sous tacrolimus topique par rapport au groupe de patients n’ayant été exposé à aucun topique aHR 1,04 ; IC95 % (0,91-1,19). Par ailleurs, il n’existait pas d’augmentation du risque en fonction de l’âge des patients, de la durée ou du nombre d’application. Au total, cette étude de surveillance « post-marketing » sur une cohorte de grande ampleur donne des résultats très rassurants sur la survenue de risques de carcinome cutané sous tacrolimus topique. Ce risque inquiète souvent les patients et est une demande fréquente en consultation. Bien que la nature rétrospective de cette étude soit une limite importante, le nombre important de patients inclus permet d’avoir un discours rassurant dans la population adulte suivie pour une dermatite atopique. En revanche, cette étude ne permet pas de répondre à la question d’une potentielle augmentation du risque de lymphome suggérée dans la cohorte Joint European Longitudinal Lymphoma and Skin Cancer Evaluation (JOELLE) publiée en 2018 dont les résultats sont résumés sur le site de la HAS dans l’avis de la commission de transparence du 22 mai 2019.

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