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Dermatologie

22 juin 2021

Chirurgie d’exérèse et ganglion sentinelle dans le mélanome primitif

Catherine FABER, Paris

La confirmation du diagnostic de mélanome nécessite la pratique d’une exérèse de la totalité de la lésion. Il n’y a pas de place pour la biopsie sauf exception (encadré 1). Seul l’examen anatomopathologique de l’ensemble de la pièce opératoire permet de confirmer le diagnostic et de calculer l’indice de Breslow (épaisseur de la tumeur en mm). Selon cet indice, une reprise chirurgicale sera réalisée. Il faut noter que dans la nouvelle classification de l’AJCC (American Joint Committee on Cancer, 8e édition), le Breslow est donné avec un seul chiffre après la virgule*, l’indice mitotique est abandonné, et l’ulcération a un intérêt pronostique accru(1).

Les marges d’exérèse latérales pour un mélanome cutané primitif doivent être adaptées à la profondeur d’infiltration du mélanome : 0,5 cm pour les tumeurs in situ, 1 cm pour les mélanomes de Breslow entre 0,1 et 1 mm, 1 à 2 cm si le Breslow est entre 1,1 et 2 mm, et 2 cm s’il est supérieur à 2 mm. Pour la profondeur de l’exérèse, en l’absence de données robustes, il est proposé de la réaliser jusqu’au fascia en le respectant. On ne fait plus d’exérèse à 3 cm ou plus. Comme l’a montré une étude avec un recul de près de vingt ans, il n’y a pas de différence de survie globale dans les mélanomes de plus de 2 mm d’épaisseur que l’exérèse soit réalisée à 2 cm ou à 4 cm(2). L’interféron alpha 2a, qui était proposé en adjuvant dans les mélanomes de plus de 1,5 mm d’épaisseur n’est plus commercialisé. Les modalités de suivi des patients sont définies en fonction de la dernière classification AJCC(1). En cas de mélanome in situ (Breslow ≤ 1 mm ; stades IA et IB), le suivi est effectué tous les six mois pendant trois ans puis une fois par an à vie, sans examens complémentaires. Un examen clinique complet avec la même périodicité est également recommandé dans les mélanomes d’épaisseur > 1-2 mm (stades IIA à IIC) avec, dans les stades IIA et IIB, une échographie optionnelle deux fois par an pendant trois ans. Au stade IIC, cette échographie locorégionale de la zone de drainage n’est plus une option, mais devient recommandée. La procédure du ganglion sentinelle (GS) concerne le ou les premier(s) ganglions lymphatiques le(s) plus proche(s) de la tumeur primitive. Le repérage du GS est réalisé par l’injection d’un produit au voisinage de la tumeur, soit un colorant bleu (en salle d’opération), soit une substance radioactive (quelques heures avant l’intervention). Si le chirurgien a choisi le colorant bleu, il recherche le ganglion teinté de cette couleur. S’il a utilisé un produit radioactif, c’est la scintigraphie qui permet de repérer le ganglion marqué. Dès qu’un GS est repéré, il fait l’objet d’une exérèse chirurgicale. La collection de lymphe est l’effet secondaire le plus fréquemment rapporté. En pratique, la procédure de réalisation du GS après l’exérèse initiale est recommandée lorsqu’un traitement adjuvant est envisagé. Dans le cas contraire, la recherche du GS reste une option compte tenu de sa valeur pronostique, mais elle doit être discutée avec le patient dûment informé de ses effets secondaires. Les experts s’accordent sur la nécessité d’éliminer la présence d’une métastase régionale ou à distance par la clinique et l’imagerie avant de procéder à la technique du GS. Si la décision est prise de réaliser le GS, il est recommandé dans les mélanomes d’épaisseur > 1 mm, proposé dans les mélanomes de 0,8 à 1 mm et éventuellement dans les mélanomes < 1 mm ulcérés. Le GS n’a pas d’indication pour les mélanomes non ulcérés < 0,8 mm. Il est recommandé de ne pas faire de curage ganglionnaire devant un GS positif. Les résultats finaux d’une étude allemande avec un suivi médian de 72 mois ont en effet confirmé que le curage ganglionnaire complet immédiat dans cette situation n’améliore ni la survie sans re - chute, locale ou métastatique, ni la survie globale(3).  * Jusqu’à 0,04 mm, mettre le chiffre le plus bas, et de 0,05 à 0,09, le chiffre haut. D’après la présentation de B. Dréno (CHU de Nantes) aux JDP virtuelles, décembre 2020. FMC « Le mélanome : l’indispensable à connaître pour un dermatologue (non-oncologue !) ». Rappel, pour le dermatologue non-oncologue des recommandations SFD/INCA (Société française de dermatologie/Institut national du cancer) concernant les marges d’exérèse et la procédure de réalisation du ganglion sentinelle dans le mélanome primitif. "Publié dans Dermatologie Pratique"

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