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Cancérologie générale

23 juin 2021

De la nécessité d’aborder la sexualité lors de la survenue d’un cancer

Émilie MOREAU, Axelle ROMBY, Paris

La prise en charge du cancer a beaucoup évolué du fait des avancées médicales : guérir sans (trop) de séquelles est légitimement devenu une priorité. Même lorsque la rémission totale n’est pas envisageable, la sexualité n’est plus considérée comme un dommage collatéral.

Les répercussions du cancer et de ses traitements sur la sexualité sont multiples et fréquentes. Deux ans après le diagnostic, deux tiers des patients rapportent ainsi des séquelles sur leur vie sexuelle. Prendre en compte la santé sexuelle des patients répond à plusieurs priorités du troisième Plan cancer pour la période 2014-2019 : personnaliser la prise en charge, réduire les inégalités de soins, prévenir/minimiser les impacts négatifs, aigus ou chroniques, médicaux, psychosociaux et conjugaux. Outre ces dimensions éthiques et déontologiques, des études soulignent également que le maintien de l’activité sexuelle et le soutien du partenaire/aidant ont un impact positif en termes d’ajustement au cancer. Conséquences des cancers et de leurs traitements Tous les types de cancer, ainsi que les traitements dont ils font l’objet, peuvent avoir un impact sur la vie sexuelle des patient·e·s. Cependant, on considère assez fréquemment que les cancers qui atteignent uniquement les parties génitales ou la prostate, ou les cancers du sein, ont un impact direct et délétère sur la fonction sexuelle. De même, l’âge, la situation conjugale ou encore l’absence de demande des patientes ne préfigurent en rien d’une absence de trouble ou de dysfonction consécutive à la survenue d’un cancer et à l’amorce des traitements. Prendre conscience de ses propres représentations stéréotypées liées à la sexualité constitue la première condition pour intégrer les questions et les problèmes liés à la sexualité dans la pratique soignante. Gêne à la réalisation de l’acte sexuel La fatigue ainsi que les douleurs sont évoquées systématiquement par les paient·e·s comme un facteur qui altère leur qualité de vie. Elles contribuent à la diminution de l’envie de s’engager dans un rapport sexuel. De même, les symptômes dépressifs associés au diagnostic du cancer peuvent influer sur le désir et sur la capacité à initier un rapport sexuel. Chez les hommes, des dysfonctions érectiles liées à un trouble du désir, à la chirurgie et à la radiothérapie peuvent apparaître. Des traitements médicamenteux peuvent être proposés. Chez les femmes, la sécheresse vaginale liée à un trouble du désir, aux traitements chimiothérapiques et hormonaux peut apparaître. Il est alors possible de proposer des crèmes lubrifiantes afin de résoudre le problème. La radiothérapie pelvienne peut également être source d’un inconfort voire d’une douleur intense. Généralement un lubrifiant va être prescrit, ainsi qu’un dilatateur afin de maintenir une bonne trophicité vaginale. Troubles de l’image corporelle et de l’identité sexuelle L’annonce du cancer en elle-même peut être vécue comme une remise en question identitaire, et de ce fait avoir un impact sur la perception de son corps. Les traitements anticancéreux sont souvent invasifs et peuvent altérer l’image corporelle, l’estime de soi et l’identité sexuelle. La perte de la pilosité et l’alopécie, la ménopause induite, les ablations d’organe peuvent modifier l’image corporelle, les stomies obligent à mettre en place des stratégies pour cacher la poche au partenaire, les cicatrices peuvent être vécues comme des stigmates et bouleverser la perception du schéma corporel. Difficultés relationnelles et conjugales La survenue d’un cancer peut induire une détresse émotionnelle chez la/le paient·e, mais aussi dans l’entourage (le plus atteint par le choc émotionnel de l’annonce de la maladie n’est pas toujours la/le malade lui-même mais parfois sa/son partenaire, qui peut devenir co-thérapeute, particulièrement dans les situations d’hospitalisation ou de soins à domicile. La dynamique de l’interaction conjugale peut ainsi être source de soutien, mais également source de stress supplémentaire). Quels besoins ? Trois niveaux d’intervention en lien avec les besoins des patient·e·s, correspondant aux prérequis de l’OMS en matière de communication en santé sexuelle, peuvent constituer une grille de lecture efficiente dans l’abord de la sexualité. Information « Un tiers des patients dit que la sexualité n’est pas ou plus leur préoccupation », note l’Association française des soins de support dans son référentiel de bonnes pratiques pour la prise en charge de la santé sexuelle en cancérologie. Ici, c’est le premier niveau d’intervention de l’OMS qui est concerné, l’information des patient·e·s, afin qu’ils/elles sachent que le cancer et ses traitements peuvent avoir des conséquences sur leur vie sexuelle. Ce premier niveau concerne tous les professionnels de santé, car aucune qualification spécifique n’est nécessaire si ce n’est une information minimale afin, d’une part, de faire de la santé sexuelle un aspect de la qualité de vie comme les autres (la douleur par exemple) et, d’autre part, de travailler sur les représentations inhérentes à la sexualité. Conseil « Un tiers des patients présente des troubles dont le traitement est souvent très facile et accessible, surtout s’ils sont abordés précocement ». Dans ce cas, c’est le deuxième niveau d’intervention de l’OMS, celui du conseil (counseling) qui est concerné par cette catégorie de paient·e·s. Tout comme pour le niveau précédent, une formation minimale sur la santé sexuelle est nécessaire, ainsi que des compétences communicationnelles, afin que le cadre de la relation soignant-soigné soit respecté. Il s’agit d’adopter une approche centrée sur la recherche d’une altération de la santé sexuelle, en évaluant la plainte ou les craintes. Saisir l’opportunité d’aborder la sexualité peut passer par l’évocation d’autres sujets : la contraception, les prothèses, les soins corporels, l’hygiène de vie, la relation de couple... Demander aux paient·e·s ce qu’on leur a déjà dit à ce propos ou ce qu’ils ont pu lire est important pour clarifier certains questionnements et apporter une information qui pourra les rassurer. L’utilisation de tous les moyens et supports d’information du paient et des partenaires (brochures, plaquettes des sociétés savantes ou d’associations...) permet d’asseoir son propos. Enfin, à l’aide d’une sémantique adaptée et pédagogique, beaucoup de craintes peuvent être « désamorcées », car elles sont simples et abordables en pratique quotidienne. Thérapie « Un tiers des patients souffre de troubles plus complexes pour lesquels il existe également des solutions ». Ce troisième niveau se réfère au troisième niveau des recommandations de l’OMS, celui de la thérapie (psychothérapie ou sexothérapie) ou du traitement (médicamenteux et/ou chirurgical) selon la nature du trouble. Il concerne donc plus spécifiquement les professionnel·le·s de santé formé·e·s à la sexologie (cf article : « Un·e sexologue c’est quoi ? », Gynécologie-Obstétrique Pratique n°314), voire à l’oncosexologie comme nous avons le voir ci-après. Les outils disponibles L’abord de la sexualité est difficile pour nombre de professionnel·le·s et le contexte particulier du cancer constitue un frein supplémentaire. Le référentiel des bonnes pratiques pour la prise en charge de la santé sexuelle en cancérologie fait état des conséquences du cancer et des traitements sur la sexualité, mais offre également des solutions aux soignant·e·s, selon leurs champs de compétences respectifs, pour intervenir dans ce domaine (via le site de l’AFSOS). Formations Un diplôme Inter-Universitaire d’oncosexologie est désormais accessible aux personnes souhaitant se former spécifiquement à la place de la sexualité en oncologie. Sur deux ans, ce diplôme est généralement rattaché aux formations de sexologie universitaires, gage d’un socle de connaissances utile aux professionnel·le·s de santé confronté·e·s à ces quesions (voir site de l’AIUS). Outre les connaissances, la formation à l’oncosexologie permet également de travailler sur le savoir-être et le positionnement face à une thématique qui renvoie à l’intime, dans un contexte de vulnérabilité. Bibliographie sur demande à la rédaction. Emilie Moreau1 , Axelle Romby2 1. Psychologue sexologue 2. Médecin sexologue Publié dans Gynécologie Pratique

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